L'otage français libéré au Darfour raconte sa détention

Laurent Maurice, un employé de la Croix-Rouge enlevé au Tchad le 9 novembre dernier, a été libéré samedi en bonne santé. Il décrit la difficulté psychologique de ces 89 jours de captivité.

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a annoncé la libération samedi de Laurent Maurice, un employé français de l'organisation humanitaire basée à Genève qui avait été enlevé le 9 novembre 2009 dans l'est du Tchad.

«Après 89 jours en captivité, il est fatigué mais semble en bonne santé», a indiqué le CICR. L'organisation ne précise pas les circonstances exactes de la libération de l'ingénieur agronome, qui avait été capturé par plusieurs hommes armés dans le village tchadien de Kawa, à une dizaine de kilomètres de la frontière soudanaise. Mais la politique du CICR dans de tels cas est de refuser tout versement de rançon.

«Je jouais aux cartes»

A son arrivée dans la capitale soudanaise Khartoum, a subi samedi soir des tests médicaux à l'hôpital militaire. En bonne forme,il s'est ensuite entretenu avec un journaliste de l'AFP, lui décrivant ses conditions de détention. «Nous étions toujours à l'extérieur, en pleine brousse», a-t-il raconté. «J'étais seul toute la journée et le soir ils me faisaient venir à côté du feu pour manger.»

Comment a-t-il fait pour garder espoir pendant ces 89 jours ? «Je jouais aux cartes. Sur les ordinateurs, il y a le solitaire, ça se joue aussi avec des (vraies) cartes», a-t-il répondu, ajoutant «je pense que dans ces cas-là le mal est toujours (...) psychologique».

«J'ai pensé à la libération, à ce qui allait se passer après, l'espoir fait vivre, comme on dit. Je pensais (aussi) à la famille, aux amis, c'est tout simple, les choses les plus basiques», a-t-il précisé, alors qu'il n'a pu parler à ses proches pendant sa captivité. Malgré tout, il assure vouloir continuer à travailler pour la Croix-Rouge, et même retourner au Tchad.

«Rôle positif» de la France dans les négociations

Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a exprimé samedi sa «joie» et remerciant «ceux qui se sont mobilisés pour cet heureux dénouement».«Prendre pour cible les ONG et leurs personnels, auxquels je rends hommage, est inacceptable», a-t-il estimé.

Un groupe peu connu du Darfour, se présentant comme «les Aigles de libération de l'Afrique», avait revendiqué le rapt de Laurent Maurice et réclamé un million d'euros pour le libérer. Samedi, ce groupe a tenu à s'exprimer sur cette libération : «Nous n'avions pas agi (en le kidnappant) pour de l'argent mais parce que nous souhaitions que la France change sa politique dans la région. Or, nous apprécions le rôle positif que la France a joué lors des dernières négociations entre le Tchad et le Soudan», a-t-il indiqué.

Encore quatre Français détenus en Afrique

Au total, quatre humanitaires français enlevés en Afrique sont encore aux mains de leurs ravisseurs. Un autre employé du CICR, Gauthier Lefèvre, enlevé le 22 octobre au Darfour-Ouest (Soudan), deux membres de l'ONG Triangle GH travaillant près du Darfour et un autre humanitaire enlevé au Mali. «La libération de notre collègue Gauthier, c'est la première chose à laquelle j'ai pensé dès que j'ai su que j'allais être libéré», a d'ailleurs assuré Laurent Maurice.

Six organisations privées d'aide humanitaire, dont la Croix-Rouge internationale et Médecins sans Frontières, avaient décidé de suspendre leurs opérations dans l'est du Tchad juste après l'enlèvement de Laurent Maurice, estimant que leurs personnels n'étaient pas en sécurité dans cette partie du pays.

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