Les anciens ministres Jean Glavany et Claude Bartolone souhaitent briguer la présidence de l'Assemblée, promise par François Hollande à la présidente de Poitou-Charente.

Les socialistes sont-ils en train de tourner la page Ségolène Royal avant même le second tour des législatives de dimanche ? En tous cas, deux d'entre eux -les anciens ministres Jean Glavany et Claude Bartolone - souhaitent briguer la présidence de l'Assemblée qui avait été promise par François Hollande à la présidente de Poitou-Charente. Aucun n'a encore fait de déclaration de candidature officielle mais leurs préparatifs sont de plus en plus voyants.


Doté d'une confortable avance dans sa circonscription des Hautes-Pyrénées, Jean Glavany (47,7 % au premier tour) a réservé une salle à l'Assemblée pour une conférence de presse lundi après-midi. Interrogé sur le sujet hier matin sur Europe 1, Claude Bartolone qui a lui aussi frôlé l'élection dès le 1er tour en Seine-Saint-Denis (48,67 %) n'a rien voulu exclure : « Lundi, vous m'invitez, je vous le dirai ».


En fait, les ennuis de Ségolène Royal dans sa guerre contre le dissident socialiste Olivier Falorni en Charente-Maritime ont renforcé la détermination des deux hommes. Tous deux sont des parlementaires expérimentés (élu depuis 1981 pour Claude Bartolone, depuis 1993 pour Jean Glavany) et ont déjà été vice-président du palais Bourbon... « J'ai le profil type, je suis dans la short liste », glisse Jean Glavany qui n'a jamais porté Ségolène Royal dans son coeur et songe à cette candidature depuis plusieurs semaines. Au lendemain du premier tour, avant même l'affaire du tweet de Valérie Trierweiler et le sondage Ifop donnant Ségolène Royal sévèrement battu, Claude Bartolone avait, lui, bien observé les résultats à La Rochelle : seulement trois points d'écarts entre la candidate et le dissident qui peut compter sur les appels en sa faveur de la droite locale...

« Mauvais feuilleton »


« Si Ségolène Royal est élue, il faudra qu'elle tire les leçons de ses difficultés et donne des signes de rassemblement dans la composition du bureau de l'Assemblée », glissait-il récemment. Si, en revanche, elle est battue, « cela ouvre le jeu » et Claude Bartolone compte bien être candidat. « Il ne sera pas candidat si Ségolène Royal est élue. Claude Bartolone ne veut pas être un problème mais une solution », insiste aujourd'hui son entourage.


Peut-être mais les positionnements pré-électoraux alimentent ce qu'un proche de Jean-Marc Ayrault appelle le « mauvais feuilleton » de La Rochelle. Même le ministre de l'Intérieur Manuel Valls s'y est mis, en allant, mercredi, soutenir Jack Lang, en difficulté dans les Vosges : « Je sais pour bien le connaître qu'il ne lâchera rien. Surtout pas les ministres, tandis que lui siègera peut-être sur la plus haute marche de l'Assemblée », a-t-il déclaré au « Républicain Lorrain ».


A Matignon, on ne veut bien sûr, pas commenter : « On laisse les élections se faire ». Jean-Marc Ayrault, mais aussi le chef de l'Etat, François Hollande, se sont suffisamment impliqués dans la bataille en faveur de Ségolène Royal pour ne pas craindre les retombées d'une défaite ou d'une primaire socialiste tendue pour le perchoir. Cela n'empêche pas de savoir compter : « Il faudrait un miracle pour qu'elle l'emporte », glisse un membre de l'équipe du Premier ministre. Cela n'empêche pas non plus des hiérarques socialistes de phosphorer : « Claude Bartolone et Jean Glavany, c'est jouable mais cela ne fait pas renouvellement », lâche un pilier du groupe qui préfère garder l'idée d'une femme présidente de l'Assemblée.


Et de songer à Marylise Lebranchu, populaire dans le groupe et en bonne voie pour être réélue (48,21 %) dans les Cotes-d'Armor, qui briguait le poste... jusqu'à son entrée au gouvernement comme ministre de la réforme de l'Etat. Un ministère qu'elle ne semble, selon son entourage, pas disposé à quitter. La primaire au sein du groupe PS de l'Assemblée pour le perchoir aura lieu jeudi. De quoi s'offrir encore quelques jours de maux de tête dans les coulisses du pouvoir...