Le PS désormais en guerre ouverte contre Frêche

Martine Aubry a demandé à la maire de Montpellier, Hélène Mandroux, de conduire une liste PS-Verts en Languedoc-Roussillon face à celle de Georges Frêche. «Je suis le Villepin de Martine Aubry», lance le président sortant de la région.

Fini de barguigner avec Georges Frêche, Martine Aubry a tranché. Après les récentes déclarations polémiques du président de la région Languedoc-Roussillon, la première secrétaire du PS a décidé de présenter une liste concurrente lors des élections de mars. Mardi prochain, elle proposera au bureau national du PS d'approuver la nomination de la maire socialiste de Montpellier, Hélène Mandroux, à la tête d'une liste de rassemblement de la gauche et des écologistes. «L'honneur de la gauche est en cause», a expliqué jeudi Martine Aubry dans un communiqué.

Selon des déclarations rapportées par L'Express, Georges Frêche s'en est pris récemment à Laurent Fabius. «Voter pour ce mec en Haute-Normandie me poserait un problème : il a une tronche pas catholique», a-t-il assuré lors d'une réunion publique. Georges Frêche a eu beau s'expliquer en évoquant l'utilisation d'une expression familière et en se défendant de toute pensée antisémite, le PS a décidé cette fois de le sanctionner.

Avec cette nouvelle polémique, Georges Frêche est arrivé aux limites de la patience de la Rue de Solferino. Jusqu'alors, la direction du parti s'était accommodée à contrecœur de sa présence incontournable en Languedoc-Roussillon. Désigné largement par les militants socialistes locaux, Georges Frêche devait conduire la liste du parti pour les régionales sans que ce dernier ait toutefois accepté de lui accorder l'investiture officielle. Depuis jeudi, c'est fini.

Tout au long de la journée, Claude Bartolone a fulminé contre l'ancien ténor socialiste. «J'ai bien reçu quelques coups de téléphone pour me demander de minimiser la portée de ses propos mais ce n'était pas la majorité des appels. Maintenant ça suffit ! On ne peut plus faire semblant. Comme on dit en géométrie : par deux points passe une droite. Eh bien, avec Georges Frêche, par deux déclarations passe une ligne politique et la sienne est inacceptable», martèle le lieutenant de Martine Aubry. Il n'est pas le seul à réagir de la sorte, et pas seulement au PS. «Intolérables», «inqualifiables», «provocation», «quasiment racistes», «dérapage», «antisémitisme», «inadmissibles», «inacceptables», «défi lancé aux autorités de la République»… voilà les mots qui sont revenus le plus souvent jeudi pour qualifier les propos de Georges Frêche. Même Vincent Peillon, qui avait jusqu'alors fait preuve d'un soutien sans faille à son égard, a pris ses distances en lui demandant de présenter des «excuses». «À Paris, se servir de mes propos, les déformer à dessein devient la principale occupation de certains dirigeants en panne d'idées», a répondu Georges Frêche avant de dénoncer une «caricature dérisoire qui vire à la chasse à l'homme». «Je suis le Villepin de Martine Aubry», a-t-il lancé sur RMC vendredi matin.

Menace d'exclusion

C'est donc la guerre en Languedoc-Roussillon entre les socialistes. Car maintenant que le PS s'apprête à affronter Georges Frêche sur ses terres, quitte à perdre la région, se pose la question de l'avenir des socialistes présents sur sa liste. Seront-ils exclus du parti s'ils y restent ? «Je le souhaite», assure Claude Bartolone. «Nous n'en sommes pas encore là», tempère-t-on Rue de Solferino, même si le numéro deux du parti, Harlem Désir, a exhorté «l'ensemble des socialistes à quitter la liste» de Frêche.

La menace d'exclusion plane et les colistiers de Frêche l'ont bien compris. Jeudi, ils ont dénoncé les «basses manœuvres» de la direction parisienne, réaffirmé leur solidarité au président sortant et accusé Martine Aubry de «duper les militants et l'électorat socialistes de Languedoc-Roussillon avec la complicité tacite des Verts». Ces derniers ont d'ailleurs peu hésité avant d'accepter la proposition de Martine Aubry de composer une liste commune face à Frêche, bravant ainsi la consigne nationale d'autonomie au premier tour. «On a toujours dit qu'en Languedoc-Roussillon, la situation est particulière. Nous n'envisagerons en aucun cas de fusion avec la liste Georges Frêche au second tour», a expliqué Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts.

Pour autant, d'autres écologistes, derrière le porte-parole national des Verts, Jean-Louis Roumégas, ont maintenu leur décision de présenter une liste Europe Écologie autonome au premier tour.

Pour le PS, en tout cas, il s'agit maintenant d'obtenir «une victoire électorale et morale», selon Harlem Désir. Histoire d'oublier que si Georges Frêche n'avait pas provoqué une nouvelle polémique, le PS était tout prêt à compter sa victoire éventuelle en Languedoc-Roussillon au bénéfice de la gauche.