La Coupe du monde à l'heure des comptes

Réussi au niveau de l'organisation, le premier Mondial en Afrique a consacré le continent européen.

• L'Europe sacrée

Pour la première fois, une équipe du Vieux Continent décroche le titre en dehors de ses bases. L'Europe a placé trois de ses représentants aux trois premières places de ce Mondial. Avec quatre de ses cinq équipes qualifiées pour les 8es de finale, l'Amérique du Sud avait pourtant illuminé le premier tour. Mais l'Europe a pris sa revanche lors des matchs à élimination directe. L'Argentine a explosé face à l'Allemagne et le Brésil a craqué face aux Pays-Bas après avoir mené 1-0. Le pari ultradéfensif de Dunga a échoué. C'est finalement la surprenante Uruguay qui a porté les derniers espoirs du continent. En 2014, pour son Mondial à domicile, le Brésil n'aura qu'un résultat en tête. La victoire. La belle aventure du Ghana, quart de finaliste, a partiellement occulté l'échec des cinq autres nations africaines éliminées dès le premier tour.

• L'arbitrage en faute

Une nouvelle fois, une Coupe du monde a été marquée par de grosses fautes d'arbitrage. Les plus énormes: le but refusé à l'Anglais Lampard en huitièmes de finale alors que le ballon avait franchi la ligne. Et le but accordé à Carlos Tevez contre le Mexique malgré une position de hors-jeu évidente. Longtemps réfractaire à tout changement, la Fifa semble infléchir sa position. Enfin. Elle a annoncé en fin d'épreuve une réforme de l'arbitrage pour la prochaine Coupe du monde au Brésil avec la possible introduction d'une aide technologique sur la ligne de but ou l'ajout de deux arbitres proches de la surface de réparation (un dispositif testé en Europe). En revanche, pour l'arbitrage vidéo, notamment sur les hors-jeu, c'est loin d'être gagné. À suivre…

• L'offensive récompensée

Paradoxe. Alors que le spectacle n'a pas toujours été à la hauteur, le Mondial a souri aux équipes pratiquant un football offensif contrairement à 2006 où les deux meilleures défenses, l'Italie et la France, s'étaient affrontées en finale. Cette année, les deux finalistes étaient deux équipes joueuses chacune à leur manière. L'Espagne et son «toque», ce jeu de passes à une touche face aux Pays-Bas, lointains héritiers du football total de Cruyff. Les Allemands, troisièmes, ont également séduit, marquant quatre buts contre l'Angleterre puis contre l'Argentine. Ce premier Mondial en Afrique restera pourtant comme l'un des moins prolifiques en buts. Avec une moyenne de 2,27 buts par match (145 buts marqués en 64 matchs), l'édition 2010 se classe toutefois devant le Mondial 1990, le plus stérile depuis 28 ans (2,21 buts). Avec les matchs à élimination directe, le niveau de jeu s'est amélioré. Le compteur buts aussi.

• La fête réussie

L'élimination rapide des Bafana Bafana a certes un peu cassé l'ambiance. Mais les vuvuzelas se sont fait entendre jusqu'au bout. Souvent jugées insupportables, ces trompettes en plastique auront été les grandes «stars» de cette Coupe du monde. Cette première sur le sol africain s'est déroulée sans accroc ou presque niveau sécurité. La criminalité a épargné les visiteurs étrangers, à l'exception d'un touriste américain blessé par balles. De quoi faire taire les sceptiques qui ont longtemps mis en doute la capacité de l'Afrique du Sud à organiser un événement d'une telle ampleur. Des foules enthousiastes, mêlant Noirs et Blancs, ont présenté une image de réconciliation et d'unification.Même si le retour sur terre s'annonce délicat… Le taux de chômage des Noirs est de plus de 40% contre 4% pour les Blancs. Et maintenant? Si les grandes villes devraient réussir à amortir le coût de leur stade, les petites villes auront du mal à couvrir des frais de fonctionnement abyssaux.

• Les héros

David Villa au sommet de son art dans ce Mondial. Meilleur buteur du tournoi avec 5 buts avant la finale, à égalité avec Wesley Sneijder, l'homme clé des Pays-Bas, et l'Uruguayen Diego Forlan, l'Espagnol confirme sa réputation d'arme fatale. Mais il ne serait pas grand chose sans le fabuleux duo Iniesta-Xavi. Brisés dans leur élan par les Ibériques en demi-finale, les Allemands ont fait souffler un vent de fraîcheur. Thomas Müller, 20 ans, n'a aucun lien de parenté avec Gerd Müller, 13 buts en Coupe du monde, mais il s'est révélé aussi indispensable à sa formation que son aîné et que Miroslav Klose, 4 buts pour un total de 14 réalisations. Le meneur de jeu Mesut Ozil, 21 ans, a également explosé aux yeux du monde en Afrique du Sud. Comme l'Uruguayen Diego Forlan, 5 buts et des tonnes de malice.

• Les zéros

Les stars attendues ont manqué leur rendez-vous. Messi, Rooney, Ribéry n'auront pas marqué un seul but durant ce Mondial. Cristiano Ronaldo, 33 buts cette saison avec le Real Madrid, s'est contenté d'une seule réalisation contre la Corée du Nord. Tout comme Didier Drogba avec la Côte d'Ivoire. Rooney a couru dans le vide, Messi n'a pas eu son rendement de Barcelone et Cristiano Ronaldo s'est comporté en starlette. Une caricature de lui-même. À l'image de Fabio Canavaro, dépassé par les événements, les Italiens ont pris un coup de vieux. Pas la moindre victoire et un piteux nul contre la modeste Nouvelle-Zélande (1-1). La France, vice-championne du monde, a elle sombré dans le ridicule hors du terrain et sur le terrain. Un but marqué, un nul, deux défaites. Et une image déchirée dans le monde entier. Bon courage Laurent Blanc.