Alexia Barrier : « Je suis devenue moins impatiente, plus indulgente avec moi-même »



Comment surmonter, voire enchanter, le confinement ? Des professionnels habitués à la solitude font part de leur expérience et prodiguent leurs conseils pour vaincre l’ennui et l’angoisse de l’isolement.

« Je navigue depuis l’âge de 3 ans, quand mes parents ont acheté avec quelques amis un voilier de six mètres à Antibes. A 12 ans, lorsque j’ai vu le Vendée Globe à la télévision, j’ai eu des frissons : je me suis dit : “un jour je le ferai”. Je n’ai alors dit à personne que je ferai un jour le tour du monde en solitaire. J’étais à cet âge en équipe régionale de basket-ball, où on m’avait déjà dit qu’il n’y avait pas d’avenir et je n’avais pas envie d’entendre ça à nouveau. A 18 ans, j’étais classée quatrième mondiale en équipage féminin de match racing. A 25 ans, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai participé à la Transat 6.50, de La Rochelle à Salvador de Bahia, au Brésil. Tous les gens autour de moi m’avaient mise en garde : avant de faire une course en solitaire, il faut d’abord traverser l’Atlantique avec un équipage. Mais j’avais confiance en moi, j’avais fait plusieurs courses de préparation d’une semaine.

Je me sens plus à l’aise seule au milieu d’une tempête en mer que dans les rues de Paris. Depuis, j’ai effectué 17 transatlantiques en solitaire et en équipage. Jusqu’à présent, j’ai fait un maximum de 55 jours seule sur mon voilier. En novembre, je ferai mon premier Vendée Globe et je serai seule 100 jours. La solitude relativise les problèmes de la vie courante. Sur mon voilier, je vis dans 8 m2 sans toilettes ni douche, avec un petit réchaud pour la cuisine. Je suis dans un cocon, et j’y crée mon monde, avec des choses essentielles pour me sentir bien.

Le Monde